Anacharlie, c’est fini !

Voilà, tout est dans le titre, j’espère que ça vous a plu ! Dommage d’avoir au besoin d’un événement aussi tragique pour avoir du matériau sur lequel travailler, mais je suis assez satisfait de ce récit. C’est pas forcément terrible ni parfait, mais l’exercice était aussi agréable qu’il pouvait l’être, et ça fait toujours du bien de se mettre des contraintes, de se mettre un peu la pression. Du coup j’ai rajouté une petite ligne au-dessus de chaque chapitre pour permettre aux gens ayant raté tout ça et qui tombent dessus par hasard de ne pas être complètement largués.

Pour ceux qui voudraient lire ou relire « Anacharlie », voici donc l’histoire dans l’ordre :

Pour ma part, je vais faire une petite pause niveau rédactionnel concernant ce blog. Mais je vous rassure, je vous reviens dès la semaine prochaine (le week-end, par contre) pour vous parler… de Jazz ! Ouais, ça faisait un moment que je ne vous avais pas parlé de Jazz, et j’ai déjà ma petite idée concernant l’album dont je vais vous parler…

Anacharlie #10

[NOTE : Ce texte fait partie d’une oeuvre de fiction sur les attentats du 7 janvier 2015 dans les locaux de Charlie Hebdo. Cliquez ici pour retrouver l’histoire complète dans l’ordre !]

Aucune idée du jour qu’il est. Mais les choses ont bougé. Peut-être en bien, peut-être en mal, difficile à dire. Cela fait de toute façon bien longtemps que ces mots ont été vidés de leur sens. En tout cas, cette journée est différente. Apparemment, un coup d’état a porté ses fruits, puisqu’on n’a plus de gouvernement. Peut-on s’attendre à un retour partiel de nos libertés ? Difficile à dire. En tout cas, les autonomistes doivent jubiler. L’armée va t-elle prendre quelques libertés concernant ses prérogatives ? Probable. Mais ils ne pourront pas réglementer la vie de tout le monde. Encore que. Vont-ils réussir à arrêter les terroristes ? Difficile à dire. Quelle va être la nouvelle cible de ces derniers ? Impossible à savoir, on ne sait même pas s’ils revendiquent l’état. Fait-il bon vivre, sur ce territoire dévasté ? Difficile à dire. Je ne crois pas. Et moi ? Moi, je suis fatigué, fatigué de tout ça, à bout de forces, et mort de faim. J’ai cru comprendre qu’un groupuscule essayait de recréer une société basée sur l’entraide et la liberté. Je vais les rejoindre, je crois. Peut-être vais-je devenir un « terroriste », mais il n’y a plus personne pour nous interdire de faire quoi que ce soit Enfin, pour l’instant. Ni dieu, ni maître, hein ? On verra. Je n’ai plus rien à perdre, de toute façon.

« Lorsque un seul homme rêve, ce n’est qu’un rêve. Mais si beaucoup d’hommes rêvent ensemble, c’est le début d’une réalité. » Hundertwasser

« Une utopie est une réalité en puissance. » Herriot

« La lutte c’est comme la vie, elle s’arrête seulement quand la mort nous attrape » Angrykultur

Anacharlie #9

[NOTE : Ce texte fait partie d’une oeuvre de fiction sur les attentats du 7 janvier 2015 dans les locaux de Charlie Hebdo. Cliquez ici pour retrouver l’histoire complète dans l’ordre !]

Cela fait un moment que j’ai perdu le compte des jours. Que j’ai perdu la notion du temps de façon générale. Le cycle jour / nuit se répète encore et encore, et les journées ne sont pas bien différentes l’une de l’autre. Meurtres, violences, attentats, répression et mépris des libertés se succèdent dans un ballet terne et monotone. Malgré les dénégations du gouvernement, enfin, si l’on peut encore appeler ça un gouvernement, nous vivons bel et bien une période de guerre civile. La révolte gronde, et la paix est bien loin d’être revenue.

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Anacharlie #8

[NOTE : Ce texte fait partie d’une oeuvre de fiction sur les attentats du 7 janvier 2015 dans les locaux de Charlie Hebdo. Cliquez ici pour retrouver l’histoire complète dans l’ordre !]

C’est toujours impressionnant de voir avec quelle rapidité peut s’opérer une transition entre l’ordre et le chaos. On parle certes d’un ordre fragilisé et tout relatif, mais là, on pouvait le dire, c’était le bordel. Difficile de parler de guerre civile au bout de seulement 3 minutes, mais comment définir des affrontements armés entre plusieurs groupes comprenant civils, forces de l’ordre, armes à feu, armes improvisées, gaz lacrymogènes et tabassages en règle ? Certains diront qu’il ne s’agit ni plus ni moins que d’une manifestation standard dans certains pays du globe. Ils n’auront pas tort, mais il est possible d’affirmer qu’un tir de roquette dans un fourgon de CRS, qui auront pour droit de réponse l’utilisation de leurs armes automatiques dans une foule compacte, constitue une bonne représentation d’un début de guerre civile.

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Anacharlie #7

[NOTE : Ce texte fait partie d’une oeuvre de fiction sur les attentats du 7 janvier 2015 dans les locaux de Charlie Hebdo. Cliquez ici pour retrouver l’histoire complète dans l’ordre !]

Ce mouvement de liesse populaire avait au moins eu l’avantage de permettre aux gens de sortir de chez eux et de discuter. Pour Daniel, c’était plus de relations sociales qu’il n’en avait eu sur ces trois dernières semaines. Si beaucoup s’enthousiasmaient des nouvelles mesures, n’aspirant qu’à un peu d’ordre et de calme (une chose somme toute légitime), d’autres partageaient néanmoins ses craintes. Il avait était rassuré de constater qu’il n’était pas le seul à s’inquiéter de cet état policier, et de son pouvoir désormais presque sans limite théorique. A la fin de la journée, Daniel s’était fait quelques amis, et une marche s’était organisée pour le lendemain. Peu d’entre eux y croyaient, mais ils étaient en revanche nombreux à penser que ça serait peut-être la dernière fois qu’ils pourraient exprimer leur mécontentement et défiler pour leur liberté.

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Anacharlie #6

[NOTE : Ce texte fait partie d’une oeuvre de fiction sur les attentats du 7 janvier 2015 dans les locaux de Charlie Hebdo. Cliquez ici pour retrouver l’histoire complète dans l’ordre !]

Doucement, Paris s’éveille. C’est un jour comme les autres, un silence presque parfait ayant depuis longtemps remplacé la cohue parisienne. Le soleil s’élève doucement dans le ciel. Ses rayons, filtrant à travers les volets, descendent progressivement en direction de l’oreiller. C’est sans surprise qu’au contact de ses yeux débute la lente parade de l’homme tiré de son sommeil, à base de grognements et de mouvements visant à échapper à toute source de lumière. Mais Daniel sait qu’il a peu de chances de retrouver le sommeil. Il essaie pour la forme, espérant repousser quelques instants encore le retour à la réalité. Un exercice assez vain, au vu des événements de la veille. Daniel finit par s’extirper de son lit, la peau fripée et les yeux bouffis de sommeil. Il en émane tout de même le regard d’un homme moyennement prêt à affronter une nouvelle journée.

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Anacharlie #5

[NOTE : Ce texte fait partie d’une oeuvre de fiction sur les attentats du 7 janvier 2015 dans les locaux de Charlie Hebdo. Cliquez ici pour retrouver l’histoire complète dans l’ordre !]

Ils sont complètement dingues. D’accord, c’est pas évident de s’approvisionner en nourriture, en lessive, en gel douche, en putain de papier toilette. Mais si je m’attendais à ça ! Voyons le bon côté des choses, on peut encore faire confiance à ses voisins, puisque le Super U attendait effectivement une livraison. Bon, j’aurais dû me douter que si Yvette, 74 ans et à moitié sourde, était au courant de cette livraison, on pouvait s’attendre à retrouver pas mal de monde, et à ce que ça soit la cohue. Mais bordel ! Du calme, après tout, tu es en vie, c’est déjà pas mal. En tout cas, à l’évidence, tu as sous-estimé le grain de folie qui anime ces gens. Quel con aussi, pour quelqu’un qui n’aime pas les armes, tu aurais du faire volte-face dès que t’as vu des mecs brailler « poussez pas, chacun son tour, faites la queue » à l’entrée du magasin. Ils avaient beau avoir des cagoules et des armes, c’était évident qu’ils faisaient pas partie du GIGN. C’était qui d’ailleurs ces mecs ? Ils faisaient la loi comme ça, tranquillement, un flingue à la main, pour maintenir un semblant d’ordre et de calme près du magasin. Une milice d’auto-défense ? Un groupuscule armé ? Des mercenaires embauchés par le Super U ?

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Anacharlie #4

[NOTE : Ce texte fait partie d’une oeuvre de fiction sur les attentats du 7 janvier 2015 dans les locaux de Charlie Hebdo. Cliquez ici pour retrouver l’histoire complète dans l’ordre !]

A ce niveau là, vous pensez probablement que je noircis un peu le tableau. Vous vous dites que nous sommes toujours dans une démocratie, que l’on a toujours le droit de vote, et qu’on est loin d’un pays du Tiers-Monde. J’ai personnellement toujours été pessimiste, et me suis toujours considéré comme une Cassandre. Non, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, je n’ai pas de problème avec mon identité sexuelle, et la théorie du genre n’a rien à voir là-dedans. Vous savez, Cassandre ? Dans la mythologique grecque, cette femme capable de prédire les catastrophes, mais que personne ne croyait jamais ? Non ? Ce que je veux dire, c’est que je n’ai pas la science infuse, mais l’avenir m’a souvent donné raison, et je pense savoir vers quoi on se dirige.

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Anacharlie #3

[NOTE : Ce texte fait partie d’une oeuvre de fiction sur les attentats du 7 janvier 2015 dans les locaux de Charlie Hebdo. Cliquez ici pour retrouver l’histoire complète dans l’ordre !]

Ouais. Dans ce genre de situation, c’est très souvent quitte à double. Le bien, le mal, c’est vieux et éculé comme concept, et pourtant, la pensée binaire a encore de beaux jours devant elle. Dans le cas d’un drame touchant une nation dans son cœur, et qui fait appel à des émotions primaires telles que la peur ou la colère, le monde a souvent tendance à se scinder en deux, et surtout à faire n’importe quoi. Et ce léger murmure dont je vous parlais, il a commencé à s’intensifier. D’ailleurs, les tambours de guerre ont rapidement voulu faire du free jazz, parce que dès le lendemain on a eu droit à des actes d’une intelligence rare. Comme des graffitis sur des mosquées, des femmes voilées agressées, des coups de feu sur des salles de prière ou des voitures de familles musulmanes, et même des grenades contre des mosquées. Après, le free jazz, ça a tendance à s’emballer pour des raisons assez confuses et on sait rarement où ça va. Et ça n’allait nulle part, ça, le gouvernement l’a bien compris, et comme son boulot c’était de faire respecter l’ordre, il a appelé au calme et voulu prendre les choses en main.

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Anacharlie #2

[NOTE : Ce texte fait partie d’une oeuvre de fiction sur les attentats du 7 janvier 2015 dans les locaux de Charlie Hebdo. Cliquez ici pour retrouver l’histoire complète dans l’ordre !]

Voyez vous, le 11 septembre 2001, c’était loin. Chronologiquement, évidemment, mais géographiquement, aussi. J’entends par là que le terrorisme, la peur dans son propre pays, c’est une tragédie, mais bon, on s’était pas trop mouillés en Irak, alors on avait une certaine sérénité. C’est sûr, c’est plus facile d’avoir confiance quand on ne voit rien, et là, clairement, on a rien vu venir. Si 2014 avait déjà une fâcheuse tendance à sauter pas mal de brossage de dents, on peut dire que 2015 s’est réveillé de la saint-Sylvestre avec la langue pâteuse et l’haleine carrément chargée. Petit rappel. Le 7 janvier 2015, des hurluberlus se ramènent avec des armes automatiques en plein cœur de Paris et dézinguent toute l’équipe de Charlie Hebdo en pleine réunion pour le prochain numéro. Notez que chacun ses résolutions, mais à l’évidence, les résolutions prises lors de la prise de stupéfiants ne devraient pas être forcément tenues. Ou être remises à plus tard, un peu comme tout le fait, remises à jamais.

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